Carnet de voyage n°2 – Le soleil et Ti Jean

TI JEAN

Le Mercredi 21 Décembre 2016
20h30
Au Théâtre de l’Opprimé – Festival 12X12

Texte et mise en scène: Paul Francesconi
Jeu: Martin Jaspar
Assistanat à la mise en scène et dramaturgie: Elsa Dupuy
Costumes: Céline Delhalle et Séverine Prevel
Lumières: Ladislas Rouge
Illustration: Julie Bernard
Co-production et partenariat: Compagnie Soleil Glacé, Festival 12X12, le 100ecs, Théâtre de l’Opprimé

Notre deuxième session de résidence au 100ecs s’est terminée la semaine dernière et s’est  conclue par une petite présentation de 20 minutes autour du début du spectacle.
Bonne nouvelle, nous avançons bien, nous trouvons des petites et nous en cherchons toujours. Recherche qui ne devra jamais s’arrêter car elle maintient le vivant, élément essentiel du théâtre. Nous travaillons ce monologue avec le plus d’attention possible car la pensée humaine est semée d’embuche. Nous avons hâte de vous présenter notre travail.

Ti Jean est un spectacle contant l’histoire de Ram et Ti Jean, deux amis qui se sont perdus à l’entrée d’une grande ville, après un long voyage. Au départ, notre texte parle d’un exil, d’une personne qui arrive dans sur une terre hostile qui ne répond pas à ses questions. Mais notre texte parle surtout de l’amour, que l’on porte à l’autre. Comment cet autre nous définit, comment il nous transforme. La quête de Ram, un homme poursuivi par la pluie, c’est peut être l’autre. Ne plus être seul? Se définir soi-même en regardant l’autre? Aimer l’autre pour s’oublier soi-même? Toutes ces questions nous ont traversé  pendant la résidence.
affiche-ti-jean4                                                         
Illustration : Julie Bernard

Une deuxième semaine de résidence.

 

Cette deuxième semaine nous a permis d’approfondir notre compréhension du texte et surtout de construire le spectacle dans une nouvelle scénographie, qui structure un espace unique. Ram, à la recherche de Ti Jean, arrive dans une ville et parle aux passants. Première et presque unique didascalie qu’il nous faudra traiter. Ram apparaît alors au centre de la vision, scruté de toute part, entouré des habitants d’une ville dans laquelle il ne voulait pas être. Il est seul contre tous. Ou plutôt, il est seul au milieu de tous. Mais tous doivent l’écouter. Notre scénographie alors se dessine, comme une arène. Mais quelle arène? Et Ram devient ce personnage étrange, celui qu’on évite dans la rue et qui pourtant à quelque chose d’essentiel à nous dire. A se dire à lui-même.

 

Ram et Ti Jean

Tout le monologue parle d’un petit garçon, Ti Jean, aussi fabuleux que dangereux, essentiel pour ses propriétés atmosphériques. Mais le vrai personnage principal, c’est Ram, celui qui nous parle de Ti Jean. Ram est un personnage qui traverse plusieurs pièces. Mon ami n’aime pas la pluie et Kal relatent également ses aventures. C’est un homme que la pluie accompagne, partout, depuis qu’il a quitté sa terre. Est-ce que la pluie le poursuit vraiment? Ou est-ce qu’elle vient de lui seul? Cette question est centrale et nous amène dans le conte, le mythe, l’allégorie. Ram devient notre sujet principal, notre zone d’inconfort. Est-il encore un homme ou un esprit? Est-il vivant ou mort? Et Ti Jean, existe-t-il? Et que cherche-t-il vraiment?

Ti Jean, c’est un spectacle où naît un héro malgré lui. Un spectacle qui compose une épopée morcelée, qui se raconte par bribes d’histoires merveilleuses, de contes oniriques et d’un théâtre qui cherche un rapport direct avec le public pour lui amener à tisser des rêves.

Chercher la vérité?

 

Créer un spectacle, c’est avant tout chercher la beauté et la vérité. On se demande souvent si ces deux réalités sont compatibles, car elles touchent toutes les deux à la subjectivité humaine. Créer un spectacle, c’est construire un discours subjectif et ouvert, qui raconte une nouvelle histoire du monde. Cela ne nous empêche pas de chercher une certaine beauté  ou une certaine vérité, sensible, qui rejoint tous les autres hommes d’une autre manière. Cette recherche est impossible mais elle nous rend vivant, nous donne envie de rencontrer le public et de lui partager ce morceau de doute. Ram marche, encore et toujours, irrigant le monde d’une pluie qui s’infiltre doucement mais surement, dans la terre. Et je ne suis pas sûr qu’il comprenne vraiment quelque chose à la beauté ou à la vérité.

Mais en cherchant l’Autre, il est sûr qu’il les trouvera un jour. Ou vice-versa?

Peut-être qu’il est mal barré!

En tout cas, un mois et demi avant la création, ça lui laisse du temps pour voir venir, il nous semble!

« De la pluie.

Pensais pas qu’il pleuvrait.

La pluie,

derrière moi,
depuis des heures, des mois, des années, sans arrêt,
le ciel noir,
et sur les bâtiments ici, et les ponts, les pierres, les égouts, les rivières, son bruit,
la pluie.
Elle me suit,
depuis que j’ai quitté ma terre,
que je marche, seul,
elle me suit.
Je vais sous la mer, il pleut.
Je marche sur les déserts, il pleut.
Je vais dans une maison, dedans, il pleut.
Le jour, il pleut.
La nuit, il pleut.
Il pleut tout le temps,
toujours humide,
alors humide, trempé au milieu de la rue, je demande
« Vous ne l’avez pas vu ?
Ti Jean ?
Oui ?
Non ?
Personne ne me répond.
Tout le monde est trop pressé.
Fuir la pluie, peut-être. Trop humide.
Alors je demande aux trottoirs de pierre
-car c’est obligé, il est tombé ici, obligé-
L’océan tombe sur ma tête et sur le sol, il se déverse dans les égouts, partout.
Je demande, aux pierres, la bouche contre le trottoir :
« Dites moi,
dites moi où est Ti Jean ?»
Elles ne disent rien.
Là d’où je viens, elles parlent,
alors je leur parle.
Les pierres ne répondent pas,
comme si on leur avait demandé de se taire.
Silence sur cette espèce de ville.
Et il pleut.

Et toujours pas de Ti Jean.
Ti Jean ?
Vous n’êtes pas Ti Jean.
Vous lui ressemblez mais vous n’êtes pas lui.
Pour être Ti Jean, il faut
une chose,
cette chose,
que vous n’avez pas.
Pas forcément ce que vous pensez.
Ça ne ressemble à rien d’autre.
Inimitable.
Ti Jean, c’est Ti Jean.
En sang ou sur le sable, la bouche contre le sable,
non, pas le sable !
je dirais toujours :
Ti Jean, c’est Ti Jean.

 

TI JEAN – PAUL FRANCESCONI – AOÛT 2016

 

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